Ma perestroïka (4)

« Vérité sur l’écologie pour tous ! », Affiche de V. Chostia, Z. Kravtchenko, 1989, Kiev, Coll. BDIC © V. Chostia

Alina vit à Kiev depuis presque trente ans. Elle a récemment créé une petite entreprise d’impression mais doit compléter ses revenus par des heures de ménages et de garde d’enfants. Agée de 28 ans en 1991, elle travaillait alors comme ingénieur pour l’usine « la Pelleteuse rouge » et venait de quitter sa chambre dans un foyer ouvrier pour un trois-pièces. Soit une belle réussite. Le grand-père fusillé en 1937 pour avoir été Polonais, les parents qui survivaient tant bien que mal dans la petite ville de Berdichev…tout cela paraissait loin.

Vous avez pensé que quelque chose avait changé lorsque…

Lorsque…la campagne anti-alcoolisme a commencé ! C était la bonne chose à faire, parce que les gens buvaient à en mourir…mais, un peu dur quand même! Et aussi, lorsque, un plus tard, vers 1989, on a commencé à critiquer le pouvoir, à dire ce qu’on pensait ouvertement, même au bureau entre collègues, par exemple.

Votre premier objet d’importation…

Une petite robe d’été jaune ! Elle était fabriquée en Chine – mais à l’époque c’était preuve de qualité – ma mère l’avait obtenu par des connaissances. En1990, je me suis acheté des bottines italiennes en cuir.

Votre premier dollar.

Eh bien, mes premiers dollars je ne les ai eus que vers 1997 ! Et encore, je les avais emprunté pour payer un billet jusqu’à Moscou, où je me rendais avec des gros sacs de saucissons pour les vendre au marché.

La réalisation que « c’est irréversible ».

A l’échec du putsch. Pendant le putsch le silence s’était installé comme une chape…Et puis tout d’un coup, le drapeau ukrainien qui flottait sur le parlement à la place de la faucille et du marteau! Notre drapeau à nous!

Le moment le plus étonnant.

En 1987 mon mari et moi avions acheté un appartement coopératif remboursable sur 25 ans donc jusqu’en en 2012 ! Nous remboursions tous les mois, parfois nous y arrivions à peine. Et puis, il y a eu une réforme monétaire en Ukraine pour introduire notre propre monnaie. Avec l’hyperinflation, notre hypothèque ne valait plus rien …nous avons pu rembourser 20 ans de crédit en quelques mois!

Le moment le plus difficile à vivre.

Mon divorce en 1992. Je pensais à Elizabeth Taylor et je me disais, « tu vois, elle aussi».

Le « goût » de la Perestroïka.

Du champagne soviétique et du chocolat en vente et abordable, mais ça n’a pas duré!

Pénurie de…

Savon. Quarante minutes de queue pour acheter une savonnette – je n’avais pas plus d’argent. Alors que je repartais avec une savonnette, d’autres repartaient avec une caisse pleine!

Un mot pour décrire l’ambiance.

Espoir

Vous avez eu peur quand…

Tchernobyl a explosé. Les gens fuyaient la ville, ou faisaient partir leurs enfants. Mais où et quand on partait dépendait de qui on était. Si on était pauvres et « sans relations en haut», et bien, on ne pouvait pas partir bien loin! Les gens se battaient pour les billets de train. Ma fille avait quatre ans, nous avons fini par réussir à l’ envoyer à 500 km de Kiev, à Nikopol dans l’est de l’Ukraine.

A la télévision.

Bonnie M. Julio Iglesias!

Sans les bouleversements de la Perestroïka vous en seriez où aujourd’hui ?

Nous vivrions moins bien. Et puis nous étions une république, et nous sommes devenus une nation!

Propos recueillis par Sophie Lambroschini, journaliste indépendante (Moscou, Kiev)

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