Un si joli village

Verte Colline

Tchernobyl aujourd'hui, Mai 1987. Village où vivent les travailleurs de la centrale. Photo V. Repik, V. Samokhodski,1987

« Verte colline » est un bien joli nom pour un village tout neuf. Les maisons ont été construites à la hâte et sans originalité, mais avec soin, elles sont bien agencées pour le confort des habitants. Les services collectifs y sont nombreux, on compte trois restaurants et une salle de concert qui rendent la vie plus douce. Un dispensaire veille à la bonne santé de tous. Est-ce le climat ? Est-ce le mode de vie ? Beaucoup sont souvent fatigués, mais le docteur Efimova est là, elle fait tout ce qu’il faut en cas de besoin. Une imposante clôture assure la tranquillité de tous, ici pas d’intrus, on peut dormir tranquille. Et partout de belles allées et des roses, des roses à profusion.

Seulement voilà, « Verte colline » n’est pas un village de vacances. C’est un village de travailleurs, mais pas n’importe lesquels, des privilégiés qu’on vient chercher chaque matin en autobus pour les conduire sur leur lieu de travail et qu’on ramène le soir à domicile, gratuitement. Seulement voilà, leur lieu de travail c’est la centrale de Tchernobyl récemment dévastée par une terrible explosion. Et maintenant, glasnost oblige, on se met à tout photographier, même cela, même leur regard las et triste. Pour la première catastrophe, celle de 1957 à Kychtym dans l’Oural, on n’avait rien dit, rien montré. A quoi bon affoler les gens ? Pourtant ils s’étaient affolés eux-mêmes en constatant dans certaines villes qu’ils étaient tous atteints d’un mal étrange, inexplicable, la peau de leurs visages partait en lambeaux. Rien de tel en 1986, les « liquidateurs » portaient des masques de gaze et puis ils pouvaient se rassurer en lisant l’énorme slogan inscrit sur la banderole qui flottait sur le toit de la centrale : « Le peuple soviétique est plus fort que l’atome ».

Sans le courage d’un reporter dépêché sur place au péril de sa vie, qui se soucierait aujourd’hui de « Verte colline » ? Une petite photographie en noir et blanc figure aujourd’hui sur un pan de mur de l’exposition Urss, fin de parti (e). Elle est si modeste qu’on pourrait bien ne pas la remarquer.

 Annette Melot-Henry, commissaire

Publicités
Cet article a été publié dans Zoom sur un document. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s